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17, 23, 33, 40 mm… Un seul objectif pour couvrir une bonne partie de ce que j’utilise habituellement en photographie.
Sur le papier, le Sigma 17-40 mm f/1.8 DC Art a quelque chose d’assez séduisant : une plage de focales qui couvre, sur un boîtier APS-C, l’équivalent d’environ 25,5 à 60 mm en plein format, avec surtout une ouverture constante de f/1.8.
La question que je me suis donc posée en l’utilisant est assez simple :
Est-ce que ce zoom peut réellement remplacer trois focales fixes que j’emporterais habituellement dans mon sac : un 18 mm (28mm équivalent 24×36), un 23 mm (35mm équivalent 24×36) et un 33 mm (50mm équivalent 24×36) ?
Et surtout : est-ce que je retrouve le même rendu ?
Parce qu’en photographie, remplacer trois objectifs par un seul ne signifie pas forcément obtenir trois fois le même résultat.
Le Sigma 17-40 mm f/1.8 DC Art est un zoom conçu spécifiquement pour les appareils à capteur APS-C. Il est disponible notamment en monture Fujifilm X.
Sa particularité principale est évidemment son ouverture constante de f/1.8, ce qui est assez remarquable pour un zoom couvrant cette plage de focales.
Sigma annonce également une conception permettant de limiter fortement le focus breathing, un point particulièrement intéressant pour la vidéo.
Sur le terrain, ce qui retient surtout mon attention n’est pourtant pas cette longue liste de caractéristiques.
C’est cette combinaison assez rare : 17-40 mm + f/1.8 constant.
C’est ici que le Sigma devient intéressant.
Sur un boîtier Fujifilm APS-C, les focales fixes que l’on pourrait comparer sont assez évidentes :
18 mm → environ 27 mm
23 mm → environ 35 mm
33 mm → environ 50 mm
Ce sont trois focales particulièrement polyvalentes.
Le 18 mm pour le paysage, l’architecture, le reportage ou les situations où il faut intégrer davantage de contexte.
Le 23 mm pour le reportage, la rue, le quotidien.
Le 33 mm pour le portrait, les détails, les scènes plus resserrées et cette perspective proche de la vision humaine.
Fujifilm propose justement ces trois focales en f/1.4 : XF18mmF1.4 R LM WR, XF23mmF1.4 R LM WR et XF33mmF1.4 R LM WR.
Et c’est là que le Sigma joue une carte particulièrement intéressante. Avec un seul objectif, je peux passer de 17 à 40 mm sans changer d’optique.
À 17 mm, on dispose d’un équivalent d’environ 25,5 mm. Ce n’est pas un ultra grand-angle, mais c’est suffisamment large pour travailler dans beaucoup de situations.
Paysage, architecture, intérieur, reportage, photo de groupe, scène urbaine.
Et surtout, lorsque je travaille rapidement, je n’ai pas à réfléchir à l’objectif que je vais monter. Je tourne simplement la bague de zoom.
C’est une différence qui peut paraître anecdotique lorsque l’on regarde les caractéristiques d’un objectif sur une fiche technique. Sur le terrain, elle ne l’est pas.
À 23 mm, on retrouve exactement la focale du célèbre 23 mm Fujifilm. Ou plutôt son champ de vision.
Sur APS-C, cela donne environ 35 mm en équivalent plein format.
C’est probablement l’une des focales que j’utilise le plus volontiers lorsque je veux raconter quelque chose.
Elle permet de garder suffisamment de contexte autour du sujet sans donner cette sensation de distance que peut parfois produire une focale plus longue.
C’est une focale qui fonctionne particulièrement bien en reportage.
Et avec le Sigma, je peux y arriver instantanément sans changer d’objectif.
À 33 mm, nous sommes à environ 50 mm en équivalent 24×36.
C’est probablement la comparaison la plus évidente avec le Fujinon XF33mmF1.4.
Portrait, détail, reportage, photo de personne, objet, scène quotidienne.
Le 50 mm reste une focale incroyablement polyvalente. Et là encore, le Sigma permet de passer de 17 à 33 mm en quelques secondes. Mais il va même un peu plus loin, puisqu’il monte à 40 mm, soit environ 60 mm équivalent.
Cela permet de resserrer légèrement le cadre lorsqu’on en a besoin pour du portrait notamment.
C’est probablement là que le Sigma gagne le plus clairement. Avec trois focales fixes, il faut choisir.
Quel objectif aujourd’hui ? Le 18 mm ? Le 23 mm ? Le 33 mm ? Ou alors il faut prendre les trois, des questions que se posent tous les photographes en préparant leur sac photo avant une mission.
Et prendre les trois signifie évidemment transporter trois objectifs, changer d’optique, protéger les objectifs, les ranger, les sortir…
Avec le Sigma, la question disparaît, je prends un objectif et je pars.
Pour un reportage, un voyage ou une journée de prise de vue où les situations vont se succéder rapidement, c’est un avantage énorme.
Il y a aussi un autre élément auquel on pense moins : le changement d’objectif fait perdre du temps et peut faire rater une image.
Avec le zoom, je peux passer immédiatement d’un plan large à un cadrage plus serré, je ne change pas d’objectif, je continue à photographier.
Évidemment, cette polyvalence a un prix, et ce prix se mesure en grammes.
Le Sigma 17-40 mm f/1.8 DC Art pèse environ 530 g en monture Fujifilm X.
Le Fujinon XF18mmF1.4 pèse environ 370 g.
Le XF23mmF1.4 environ 375 g.
Le XF33mmF1.4 environ 360 g.
Pris séparément, les fixes sont donc nettement plus légers. Mais si je prends les trois dans mon sac, j’arrive à environ 1 105 g d’optiques. Le Sigma, lui, fait environ 530 g.
La comparaison devient alors assez intéressante.Le Sigma est plus lourd qu’une focale fixe. Mais il est beaucoup plus léger que les trois focales fixes réunies et surtout, il occupe une seule place dans le sac.
Même logique. Le Sigma est clairement plus imposant qu’un petit objectif fixe.
Il mesure environ 11,8 cm de long et possède un diamètre de filtre de 67 mm.
Face à lui, les Fujinon 18, 23 et 33 mm sont beaucoup plus compacts.
Le XF18mm mesure environ 75,6 mm de long.
Le XF23mm environ 77,8 mm.
Le XF33mm environ 73,5 mm.
Sur un petit boîtier APS-C, une focale fixe conserve donc un avantage évident en termes de discrétion. Et pour la photographie de rue, ce n’est pas un détail.
Un petit boîtier avec une petite focale fixe reste beaucoup plus agréable à porter et à utiliser pendant plusieurs heures.
C’est probablement l’argument qui fait réfléchir.
Le Sigma 17-40 mm f/1.8 DC Art a été lancé autour de 999 € pour la monture Fujifilm X.
Face à cela, si l’on choisit les trois focales fixes Fujifilm de nouvelle génération :
XF18mmF1.4
XF23mmF1.4
XF33mmF1.4
on arrive à un budget nettement supérieur.
À titre de comparaison, le XF23mmF1.4 est actuellement affiché à 949 € sur l’eShop Fujifilm France, tandis que les trois objectifs sont tous des modèles f/1.4 de la gamme XF.
Le Sigma devient donc particulièrement intéressant économiquement si l’objectif est de couvrir ces trois usages avec une seule optique.
On est dans une logique de près de 1 000 € contre plusieurs milliers d’euros pour constituer un trio de focales fixes équivalent.
Et là, le calcul devient assez vite favorable au Sigma.
C’est finalement la question la plus importante.
Parce qu’un objectif ne se résume pas à son angle de champ.
Deux objectifs peuvent cadrer pratiquement la même chose et produire deux images différentes.
Le Sigma ouvre à f/1.8.
Les Fujinon ouvrent à f/1.4.
Sur le papier, cela représente environ 2/3 de diaphragme d’écart.
Mais surtout, une focale fixe est conçue autour d’une seule focale. Le constructeur peut donc optimiser la formule optique pour cette focale précise.
Un zoom doit, lui, travailler sur toute une plage. Et c’est là que je ne parlerais pas de véritable remplacement.
Le Sigma remplace très bien les usages de ces trois focales.
Mais il ne faut pas forcément attendre qu’il reproduise exactement leur rendu. Le caractère d’une optique dépend du contraste, du micro-contraste, du comportement à pleine ouverture, du bokeh, des transitions entre les zones nettes et floues, de la distorsion, du rendu des arrière-plans… et tout cela ne se résume pas à une focale inscrite sur la bague.
Après utilisation, je dirais que la vraie question n’est finalement pas :
« Le Sigma remplace-t-il trois focales fixes ? »
Mais plutôt :
« Ai-je réellement besoin de trois focales fixes ? »
Si mon objectif est d’avoir le maximum de polyvalence dans un minimum de matériel, le Sigma 17-40 mm f/1.8 DC Art est extrêmement cohérent.
Un seul objectif, une ouverture constante de f/1.8, une plage couvrant environ 25,5 à 60 mm en équivalent 24×36, un poids contenu pour un zoom de cette catégorie, et surtout, plus besoin de changer d’objectif.
Pour le reportage, le voyage, la photographie d’entreprise, la rue ou les situations où l’on ne sait pas exactement ce qui va se présenter devant soi, c’est une vraie liberté.
En revanche, si je pars photographier avec une idée très précise en tête et que je recherche avant tout le caractère d’une focale fixe, son encombrement réduit et son rendu particulier, les fixes conservent tout leur intérêt.
Il y a forcément un autre objectif qui vient rapidement à l’esprit lorsqu’on parle du Sigma 17-40 mm f/1.8 : le Fujinon XF16-55mmF2.8 R LM WR II.
Et la comparaison est intéressante, parce que les deux objectifs ne jouent finalement pas tout à fait la même carte.
Le Fujinon commence un millimètre plus bas, à 16 mm, mais surtout monte jusqu’à 55 mm. Sur un capteur APS-C, cela correspond à environ 24-84 mm en équivalent 24×36. Pour le portrait, le 55 mm apporte donc un avantage évident : on peut davantage isoler son sujet et obtenir un cadrage plus serré sans avoir à s’approcher.
Le Sigma s’arrête à 40 mm, soit environ 60 mm équivalent FF. Il est donc moins à l’aise lorsqu’il s’agit de faire du portrait serré.
Mais le Sigma possède une arme que le Fujinon n’a pas : son ouverture constante de f/1.8.
Entre f/1.8 et f/2.8, il y a plus d’un diaphragme de différence. Cela permet de travailler avec davantage de lumière disponible et, surtout, de conserver une profondeur de champ plus réduite. Pour un portrait, un reportage en intérieur ou une scène réalisée dans une lumière faible, ce f/1.8 peut réellement faire la différence.
On se retrouve donc avec deux philosophies assez différentes.
Le Fujinon 16-55 mm f/2.8 : plus large, plus long, plus polyvalent dans les cadrages, notamment pour le portrait ou reportages au flash.
Le Sigma 17-40 mm f/1.8 : moins long, mais beaucoup plus lumineux pour les photos en lumière naturelles
Et finalement, le choix dépend de ce que l’on photographie le plus.
Si je réalise beaucoup de portraits et que j’ai besoin de passer rapidement d’un grand-angle à un cadrage plus serré, le 55 mm du Fujinon est un vrai avantage.
Si je travaille davantage en reportage, en entreprise, en intérieur ou dans des situations où la lumière devient compliquée, le f/1.8 du Sigma devient particulièrement séduisant.
C’est d’ailleurs ce qui rend le Sigma intéressant : il ne vient pas simplement proposer un nouveau zoom dans la gamme Fujifilm. Il propose une autre façon de travailler.
16-55 mm f/2.8 pour privilégier l’amplitude.
17-40 mm f/1.8 pour privilégier la luminosité.
Deux objectifs assez proches dans leur philosophie, mais finalement assez différents sur le terrain. Encore un compromis !
Le Sigma 17-40 mm f/1.8 DC Art ne remplace pas trois focales fixes.
Et c’est justement ce qui est intéressant, il fait autre chose. Il rassemble dans un seul objectif trois focales que l’on pourrait avoir envie d’utiliser régulièrement.
Il ne cherche pas à faire disparaître les focales fixes, il propose une autre façon de travailler, et sur le terrain, cette différence est importante.
Je préfère parfois avoir 530 grammes dans mon sac et un seul objectif plutôt que de transporter trois optiques différentes.
Parce qu’au final, ce qui m’intéresse n’est pas de posséder la bonne focale. C’est de pouvoir faire la photo quand elle se présente et le zoom apporte cette liberté.
Les focales fixes apportent autre chose : une contrainte qui peut justement devenir une force créative.
Alors, est-ce que le Sigma remplace mes 18, 23 et 33 mm ?
Pour voyager léger : oui.
Pour travailler rapidement : oui.
Pour un reportage : probablement.
Pour retrouver exactement le rendu de trois focales fixes : non.
Et c’est peut-être là que se trouve tout l’intérêt de ce Sigma. Il ne remplace pas trois objectifs, il remplace trois décisions.
Et ça, sur le terrain, peut être beaucoup plus important.